Claude Ardid
Claude Ardid : Le journaliste passionné d’investigation et de vérité
De ses débuts dans le journalisme à la révélation des sombres secrets de la corruption politique, Claude Ardid a construit une carrière marquée par l'investigation et l'engagement. Dans cette interview, il revient sur son parcours, tout en évoquant les transformations du paysage médiatique et l'impact de son travail d’enquête.
"Je suis devenu grand reporter par passion."
Claude Ardid raconte comment sa vocation pour le journalisme est née très tôt, portée par une curiosité insatiable et l’envie de comprendre le monde qui l'entoure. Dès ses débuts, il se fait remarquer par son goût pour le reportage et l'investigation, couvrant des événements variés, allant des concerts aux conférences de presse syndicales. Il se souvient avec émotion de cette époque où il critiquait des artistes comme Johnny Hallyday et Francis Cabrel, tout en jonglant avec des sujets plus graves, comme les premières enquêtes criminelles qui marqueront sa carrière.
"J’avais cette passion-là et, en même temps, le contact avec les lecteurs."
Pour Ardid, l’une des plus grandes richesses de son métier, c'était le lien direct avec ses lecteurs. À une époque où les réseaux sociaux n'avaient pas encore bouleversé la presse, les journalistes étaient en contact quotidien avec leur public. Ce lien personnel, aujourd’hui largement perdu, lui permettait de mesurer l'impact de ses articles immédiatement, que ce soit à travers des félicitations, des critiques ou des discussions animées.
"Une affaire qui a changé ma vie : l’assassinat de Yann Piat."
L’année 1994 marque un tournant majeur dans la carrière de Claude Ardid. Alors qu’il est en vacances, il reçoit un appel qui l'envoie sur la scène de crime de l'assassinat de Yann Piat, députée du Var. Ce meurtre, le premier d'une femme députée sous la République, devient l'affaire qui change sa vision du journalisme. Ayant connu personnellement la victime, Ardid se lance à corps perdu dans l’enquête, qui le conduit à découvrir des réseaux de corruption et de criminalité dans la région.
"Cette affaire m'a ouvert les yeux sur les systèmes complexes où s’entremêlent politique, économie et mafia," explique-t-il. Cette enquête devient également la matière première pour ses livres et un documentaire en collaboration avec Antoine de Caunes, approfondissant son engagement dans l’investigation des crimes politiques et mafieux du sud de la France.
"Je ne vois pas de séparation entre journalisme et écriture."
Au fil des années, Claude Ardid a trouvé un équilibre entre son métier de journaliste et son activité d'auteur. Bien qu’il soit souvent perçu comme un écrivain, il insiste sur le fait qu’il ne fait qu’une seule chose : du journalisme. "Je suis un journaliste qui écrit des livres, c’est différent d’être écrivain," précise-t-il. Ses ouvrages, tout comme ses reportages, sont guidés par la recherche de la vérité et l’envie de révéler des faits cachés.
Aujourd’hui, Ardid alterne entre la presse, la télévision et l’écriture de livres, tout en restant fidèle à son credo : informer, enquêter et raconter des histoires authentiques. Parmi ses récentes publications, "Les Enfants du Purgatoire" se distingue, une immersion dans la brigade des mineurs de Marseille où il a passé plusieurs mois à documenter des affaires de maltraitance infantile et d'agressions sexuelles. Ce livre, devenu un succès inattendu, est aujourd’hui en cours d’adaptation en série documentaire.
"On a connu l'âge d'or du journalisme d'enquête."
Claude Ardid a vu le journalisme évoluer de manière radicale au cours des quatre dernières décennies. Il se souvient avec une certaine nostalgie de l'âge d'or de l’investigation, où la presse écrite et les enquêtes journalistiques avaient les moyens et la liberté de creuser des sujets complexes sur le long terme. Aujourd'hui, face à la précarisation des jeunes journalistes et à l’influence grandissante des réseaux sociaux, il constate avec regret que le métier a perdu en profondeur.
"Les jeunes journalistes en bavent, c’est difficile pour eux aujourd’hui," déplore-t-il. Mais Ardid, fort de son expérience et de sa réputation, continue à naviguer dans ce paysage en mutation, avec une liberté de choix qui lui permet d'aborder les sujets qu'il affectionne le plus.
"Je ne peux pas m'arrêter."
Après quarante ans de carrière, Claude Ardid n’a pas l’intention de prendre sa retraite. Sollicité régulièrement pour de nouveaux projets, que ce soit des livres ou des reportages télévisés, il ne peut résister à l’appel du terrain. "Je ne peux pas m’arrêter, car on vient toujours me chercher," confie-t-il, bien conscient de la chance qu'il a de pouvoir encore choisir ses sujets.
Cependant, il exprime une certaine inquiétude pour l’avenir du métier, en particulier pour les jeunes journalistes qui doivent naviguer dans un environnement de plus en plus instable et compétitif. Ardid se dit néanmoins optimiste sur la capacité de l’investigation à perdurer, même dans ce contexte difficile.
Claude Ardid incarne l’âme du journalisme d’investigation en France. De ses débuts prometteurs à ses enquêtes marquantes sur la corruption et la criminalité organisée, il a laissé une empreinte indélébile sur plusieurs générations de lecteurs. Toujours animé par le désir de révéler la vérité, il continue à écrire, enquêter et témoigner des évolutions de son métier avec passion et persévérance.