Cluza

Cluza, la voix du corps : quand la capoeira devient une famille

De la première roda à la transmission d’une passion, Annie Tra alias Cluza trace son chemin dans l’univers vibrant de la capoeira. Cet art martial afro-brésilien, elle l’a découvert presque par hasard. Aujourd’hui, il rythme sa vie, entre expression corporelle, musique et communauté. Portrait d’une capoeiriste engagée.


« Ce n’est pas juste un art martial, c’est un art très diversifié »

Lorsqu’elle parle de capoeira, les mots d’Annie Tra débordent d’enthousiasme. Depuis des années, elle pratique cette discipline avec constance et passion. Mais ce qui la fascine le plus, ce n’est pas uniquement la technicité des mouvements ou la souplesse du corps exigée. C’est la richesse de l’univers dans lequel elle a mis les pieds.

« Au-delà d'être un art martial, c’est un art très diversifié. C’est un moyen d'expression corporelle, artistique, puisqu’il y a aussi un aspect musical », explique-t-elle.

Cet équilibre entre mouvement, jeu, musique et rituel donne à la capoeira une profondeur particulière. Loin d’un simple sport de combat, elle devient pour Cluza — son nom de capoeiriste — un espace d’expression, une manière de se dire, de se lier aux autres et au monde.


« Mon surnom de capoeira, c’est Cluza »

La capoeira est un monde à part, avec ses codes, ses rituels, et… ses noms. Lorsqu’un·e capoeiriste commence à s’y investir sérieusement, il ou elle reçoit un surnom. C’est un moment marquant, un rite de passage.

« C’est mon professeur qui me l’a donné », raconte Annie, un sourire dans la voix.

Le surnom devient une seconde peau, un reflet de l’identité dans la roda. C’est ainsi qu’Annie Tra est devenue Cluza. Un nom qui la suit dans chaque entraînement, chaque jeu, chaque chant. Un ancrage dans cette communauté mouvante et vibrante.


« Ma passion, c’est vraiment la capoeira »

Chez elle, il n’y a pas de doute : la capoeira n’est pas une activité parmi d’autres. C’est une passion, une nécessité presque.

« C’est aussi entretenir une relation avec sa communauté », souligne-t-elle.

Car au-delà de l’aspect individuel, la capoeira est profondément collective. Elle se pratique en groupe, dans une roda, cet espace circulaire où les corps dansent, jouent, s’affrontent symboliquement au rythme des instruments traditionnels comme le berimbau.

Cluza insiste : cette passion est aussi un lien social, un fil tendu entre elle et les autres. Elle parle d’« amis de la capoeira », mais aussi de « proches » et de « famille ». Pour elle, cet art martial dépasse le cadre sportif : il devient un vecteur de relation et d’appartenance.


« C’est à travers ma famille que j’ai découvert cet art »

Le point de départ de cette aventure n’est pas un film, un stage ou une envie de bouger. C’est une histoire de famille.

« Un cousin a fait un échange au Brésil il y a des années. À l’occasion de son mariage, j’ai découvert cet art parce qu’il en a fait également avec sa femme. Ils ont présenté, et je me suis dit : wow ! »

Ce moment d’émerveillement, elle s’en souvient avec précision. Ce n’est pas juste une démonstration : c’est une révélation. La capoeira entre alors dans sa vie comme une évidence. Elle y voit un pont entre cultures, entre personnes, entre générations.


« J’aimerais bien aussi faire partie de ce truc »

Ce « truc », comme elle l’appelle avec simplicité, c’est toute la richesse d’un héritage afro-brésilien transmis par les corps, les chants et les gestes.

Ce jour-là, devant sa famille, Annie sent l’appel. Elle n’assiste pas à un simple spectacle, elle perçoit une dynamique de groupe, une énergie collective qui lui donne envie d’en être. Et très vite, elle passe à l’acte.

Commence alors un parcours de pratiquante régulier. Trois fois par semaine, elle se rend aux cours : lundi, mercredi, vendredi. La routine devient rituel. Elle s’investit, apprend, évolue.


« Les gens qui font de la capoeira pratiquent quasiment 20 ans »

Dans ce monde, la longévité est une fierté. Cluza l’a bien compris. Autour d’elle, les anciens continuent, parfois depuis deux décennies ou plus.

Elle y voit un modèle, un horizon.

« Ce que je souhaiterais, moi, c’est d’aller jusque-là », confie-t-elle.

Et elle ajoute : « d’avoir toujours la pêche et la santé ».

La capoeira, pour elle, n’est pas une flamme passagère. C’est un feu qu’elle veut entretenir longtemps, avec rigueur mais aussi avec joie. Un engagement dans la durée, porté par l’envie de transmettre, de partager, de ne jamais cesser d’apprendre.


« On a trois cours adultes par semaine »

Le rythme est soutenu. Chaque semaine, elle retrouve son groupe. Lundi, mercredi, vendredi. Ces rendez-vous sont autant d’occasions de progresser, mais aussi de se retrouver.

Le collectif, une fois encore, joue un rôle central. Pas de capoeira sans autres capoeiristes. Pas de jeu sans regard, sans musique, sans tension partagée.

Annie le dit : dans la capoeira, la communauté peut être « petite mais aussi étendue, très large ». Un paradoxe qu’elle vit au quotidien. Dans sa ville, le groupe est soudé, mais elle sait qu’ailleurs, en France, en Europe, au Brésil, d’autres jouent, chantent, vivent comme elle.

Un réseau mondial, invisible mais bien réel.


« Entretenir ça avec ma famille, mes proches, mes amis de la capoeira »

Ce qui distingue peut-être le plus Annie Tra des autres pratiquants, c’est cette volonté de créer des ponts. Entre les sphères. Entre le privé et le collectif.

Elle ne sépare pas la capoeira de sa vie personnelle. Elle l’intègre. Elle la partage avec ses proches. Elle en fait un trait d’union entre les générations, les cultures, les histoires.

Dans sa bouche, le mot « entretenir » revient souvent. Comme s’il s’agissait d’un feu fragile, qu’il faut nourrir, protéger, faire grandir. La capoeira, pour elle, est une affaire de lien. De soin.


Un art de vivre

En filigrane, derrière les mots d’Annie Tra, se dessine un véritable art de vivre. La capoeira n’est pas cantonnée à la salle ou au moment du cours. Elle infuse son quotidien, sa manière de penser le corps, la communauté, l’engagement.

Le nom Cluza, reçu comme un baptême, symbolise cette nouvelle identité. Elle incarne ce que la capoeira lui a apporté : une voix, une place, un rôle.

Et si elle projette de continuer vingt ans encore, ce n’est pas par simple performance. C’est parce que cette pratique l’enracine, l’élève, la relie.

Avec Annie Tra, alias Cluza, la capoeira prend un visage. Celui d’une femme investie, curieuse, attentive aux liens. Elle rappelle que cet art martial afro-brésilien ne se résume ni à des coups de pied acrobatiques ni à des chorégraphies spectaculaires.

Il est un chemin. Un langage. Une communauté.

Et dans ce chemin, elle avance, portée par l’envie d’apprendre, de transmettre, de vivre pleinement chaque roda.


BP + IA

25 mars 2025