Gullit "Vinyl" Silva

« Un art martial, un art total » : Vinyl, quinze ans de capoeira entre rythme et résistance

Dans les rues animées d’un festival international, Gullit Silva, alias "Vinyl", fait vibrer son corps et son histoire au rythme de la capoeira. Depuis quinze ans, cet artiste martial mêle danse, musique et mémoire pour transmettre un héritage vivant, profondément ancré dans ses racines afro-brésiliennes.


« La capoeira, c’est une culture à fond »

Lorsque Gullit Silva parle de sa passion, c’est avec une évidence sereine. « La capoeira, c’est notre passion. Pourquoi ? Parce que c’est une culture à fond. » Pour ce pratiquant de longue date, l’attrait ne se limite pas à la simple gestuelle ou à la performance physique. Il y voit un ensemble indissociable : « la musique et le rythme, le jeu, le mouvement du corps… tout ça ensemble, dans un seul art martial. »

Vinyl, son surnom dans le cercle des capoeiristes, vit cet art comme une évidence. À ses yeux, la capoeira n’est pas seulement une discipline, mais un langage corporel, une célébration collective, et surtout une source d’équilibre personnel. « Pour moi, c’est parfait. »


« Créée par les esclaves noirs… pour se libérer »

L’origine de la capoeira est un pilier fondamental de son attachement à cette pratique. Gullit le souligne avec conviction : « La capoeira a été créée par les noirs esclaves qui ont été ramenés d’Afrique jusqu’au Brésil. » Une racine douloureuse, mais qui donne à l’art toute sa puissance symbolique.

Derrière les acrobaties et les chants enjoués, c’est une mémoire de la résistance qui s’exprime. « Avec le temps, ils ont développé la capoeira pour leur vie, pour se libérer aussi. » L’art devient alors un outil de survie, de subversion, puis d’émancipation. Cette double appartenance — afro et brésilienne — fait de la capoeira un carrefour culturel et identitaire. « Et voilà. Personnellement, ça me fait du bien d’entendre. »


« Je me sens super, je me sens bien du travail »

Pratiquer la capoeira, pour Vinyl, c’est aussi un parcours personnel de transformation. Il se souvient de ses débuts : « J’ai travaillé ma souplesse, j’avoue qu’avant j’étais un peu moins souple. Maintenant, je suis mieux. » À travers les années, son corps a changé, gagné en fluidité, mais aussi en force et en maîtrise.

Il insiste sur l’impact global de cette discipline : « C’est quelque chose que tu fais, un sport de combat avec la musique, avec le ring… ça fait du bien mentalement, physiquement, et ça c’est super. » La capoeira devient alors un soin, un équilibre entre exigence physique et apaisement intérieur. Une forme de thérapie par le mouvement.


« Des représentations, on n’en fait pas régulièrement »

Bien que sa pratique soit constante, les démonstrations publiques restent rares. Gullit l’explique : « Quand il y a des morts, il y a des manifestations de la ville, on participe, on fait les danses… » Ces moments ponctuels permettent à la capoeira de sortir des académies, d’investir l’espace public, de faire lien avec la communauté.

Mais l’événement auquel il participe ce jour-là est plus exceptionnel encore : « C’est notre festival international. Du coup, on a proposé le défilé, ça va durer tout le week-end. » Dans ce cadre, la capoeira prend une autre dimension : spectacle, célébration, mais toujours transmission d’un savoir.


Un art vivant, enraciné et ouvert

Gullit Silva, alias Vinyl, incarne cette double dimension de la capoeira : l’exigence et la joie, la mémoire et le mouvement. À travers ses quinze années de pratique, il est devenu un passeur. Son parcours témoigne de la capacité de cet art à transformer les corps et les vies, à faire vibrer des histoires oubliées, et à rassembler autour d’un rythme commun.

Dans la capoeira, chacun joue son rôle dans le cercle — le roda —, sans hiérarchie rigide, mais avec une attention constante à l’autre. C’est peut-être là, dans cette écoute du partenaire, dans cette danse improvisée entre attaque et esquive, que réside la beauté profonde de cet art martial : il nous relie, sans jamais rompre.


BP + IA

22 mars 2025