Jean-Louis Lautard

Jean-Louis Lautard, l’orfèvre du miel primé

Apiculteur depuis les années 80, Jean-Louis Lautard s’est vu récompensé cette année par deux médailles d’or pour ses miels d’exception. Une reconnaissance saluée jusqu’au cœur du Pays de Grasse, où la communauté d’agglomération lui a rendu hommage.


« Un rendez-vous entre un lieu et une date »

Jean-Louis Lautard n’est pas un apiculteur comme les autres. Professionnel depuis plus de quarante ans, il s’est forgé une réputation dans la production de miels rares, à haute valeur gustative. Son secret ? La transhumance des abeilles, qu’il considère comme un art : « C’est un rendez-vous entre un lieu et une date », explique-t-il. Une course contre le temps et pour la floraison idéale.

À travers les garrigues, les forêts ou les Préalpes d’Azur, il suit les floraisons pour récolter des miels aux identités fortes. Thym, châtaignier, bruyère blanche, lavande, acacia… chaque type de miel est le fruit d’une alchimie naturelle entre le climat, la plante, l’abeille – et la main de l’homme.


« Ce qu’on ramène, c’est un morceau de paysage »

Pour Lautard, le miel n’est pas une simple matière sucrée. C’est un fragment de terroir, une expression d’un sol et d’un instant. « Vous allez ramener chez vous, grâce aux abeilles et au travail que vous faites avec elles, quelque chose qui reflète le paysage », dit-il. Une démarche artisanale, presque philosophique.

Le miel devient alors une cartographie du goût : clair ou foncé, liquide ou crémeux, chaque cuvée raconte une histoire différente. « Nous, ce n’est pas du miel, ce sont des miels, avec une appellation florale et de lieu », insiste-t-il. Une quête d’authenticité soutenue par une mise en pot soignée et des gestes rigoureux, de la ruche à la miellerie.


« Des décennies qu’on est récompensés »

Cette exigence de qualité n’est pas passée inaperçue. Cette année encore, Jean-Louis Lautard a été doublement récompensé au Concours général agricole de Paris : une médaille d’or pour un miel de forêt aux arômes profonds, né du butinage de chênes et d’érables, et une autre pour un rare miel de thym, réputé difficile à produire.

Le concours des miels de Brignoles a lui aussi salué son travail, avec deux nouvelles médailles, dont une pour un miel de montagne floral aux notes de tilleul, et une autre pour un miel toutes fleurs labellisé IGP Provence et Label Rouge. « Ça fait toujours plaisir à moi, à mon équipe. On fait un travail de précision », confie-t-il avec modestie.


« C’est la première fois qu’on nous invite à une rencontre comme celle-là »

Pour couronner cette reconnaissance, Jean-Louis Lautard a été reçu par la communauté d’agglomération du Pays de Grasse. Une première. « C’est super. Ça permet d’être un peu visible grâce à vous. Et de rencontrer des élus comme le maire de Grasse, Jérôme Viaud, ou ceux de Saint-Cézaire et Collongues », raconte-t-il. Une visibilité précieuse pour un métier souvent solitaire.

Cette rencontre officielle a aussi été l’occasion d’échanger sur les défis du métier : changement climatique, frelon asiatique, baisse de production… Lautard, les mains encore pleines de propolis, s’inquiète. « Il faut organiser l’avenir », dit-il, lucide mais combatif.


« L’avenir ? Je ne sais pas encore… »

À 60 ans passés, Jean-Louis Lautard commence à penser à la transmission. « J’en ai plus derrière que devant », dit-il avec franchise. Mais pour reprendre une exploitation aussi pointue, il faudra du temps et de la passion. « On ne devient pas apiculteur en six mois. Il faut dix ans », affirme-t-il.

Pour l’heure, il continue à œuvrer avec son équipe. Ses enfants, eux, sont loin de la région et ne semblent pas destinés à prendre la relève. Alors, il espère une rencontre, un déclic peut-être, chez un salarié motivé. « Même s’il le fait à sa façon, différente de la mienne. Il faudra savoir lâcher aussi. »


« Ici, on ne fera jamais beaucoup de miel, mais on en fera du bon »

Dans le pays grassois, les terres ne sont pas propices aux gros volumes. « Ce ne sont pas des terres de miel », tranche-t-il. Alors pour s’en sortir, il n’y a qu’une voie : la qualité. « C’est une fenêtre étroite, mais si on passe par là, on arrive à être reconnus. »

Et cette reconnaissance, il l’a bel et bien trouvée. Non pas dans les chiffres de production, mais dans le goût, dans les médailles, et désormais dans le regard de ceux qui, comme la communauté d’agglomération, prennent conscience de la richesse de son travail.


BP + IA

23 mars 2025