Jogi Kato
Jogi Kato : La passion intemporelle de la calligraphie japonaise
Jogi Kato, maître de calligraphie, nous plonge dans un univers où chaque trait d'encre est une passerelle entre tradition millénaire et expression artistique. À travers son histoire et sa pratique, il révèle les mystères de cet art exigeant, empreint de discipline et de poésie.
Jogi Kato, maître de calligraphie, nous plonge dans un univers où chaque trait d'encre est une passerelle entre tradition millénaire et expression artistique. À travers son histoire et sa pratique, il révèle les mystères de cet art exigeant, empreint de discipline et de poésie.
"Un art qui commence dès l'enfance"
La calligraphie japonaise, ou shodō, n’est pas simplement un passe-temps ou un loisir au Japon. Selon Jogi Kato, elle est profondément enracinée dans la culture et s’enseigne dès l’enfance :
"Tous les Japonais commencent à apprendre la calligraphie à partir de huit ans."
Ce processus précoce témoigne de l'importance de cet art, influencé par les caractères chinois. Kato explique que, tout comme les Européens héritent d’une culture gréco-romaine, les Japonais, Vietnamiens et Cambodgiens évoluent dans une sphère d’influence chinoise.
Cet apprentissage, bien qu’initié à un âge tendre, est un travail de toute une vie.
"Le dernier dictionnaire de caractères chinois édité en Chine au XXᵉ siècle compte 190 000 caractères. On commence tôt, mais on ne finit jamais vraiment d’apprendre."
"Chaque caractère raconte une histoire"
L'art de la calligraphie dépasse l'écriture fonctionnelle. Pour Jogi Kato, chaque caractère est porteur de beauté et de sens. Il illustre cela avec une anecdote sur le caractère de l'automne :
"Dans ce caractère, vous avez la signification du repos, représentée par un arbre et une autre composante liée à la saison."
De manière fascinante, les variations dans la composition des caractères permettent de représenter des nuances. Kato explique que la répétition du radical signifiant "bois" peut symboliser une petite forêt ou une grande forêt, selon le nombre d’éléments présents.
"On voit bien la tête, le tronc, et les racines dans le caractère pour ‘bois’. En ajoutant deux ou trois fois ce radical, vous obtenez des forêts de différentes tailles."
Ces combinaisons offrent une richesse visuelle et symbolique inégalée. C'est cette interaction entre simplicité et complexité qui nourrit la passion de l’artiste.
"Des images pour capturer l’essence des choses"
Kato établit un parallèle entre les caractères chinois et les pictogrammes modernes, comme les panneaux de signalisation.
"Un triangle indique une mise en garde. Avec les caractères, c'est similaire : ils condensent beaucoup de sens dans un espace réduit."
Cette capacité de synthèse visuelle et conceptuelle est l’un des aspects qui le fascine le plus dans son art. Il souligne également l’évolution historique des caractères, certains datant de plus de 2 000 ans et toujours lisibles aujourd’hui.
"Une beauté intemporelle"
Au-delà de l’écriture, Kato évoque la poésie intrinsèque à la calligraphie. Le caractère pour "lune", par exemple, le touche particulièrement :
"Au début, ce caractère représentait la forme de la lune croissante. Ces premières formes, gravées il y a des millénaires, sont encore présentes dans les œuvres contemporaines."
Cette continuité à travers les âges lui rappelle d'autres écritures anciennes, comme l’hébreu, où les textes sacrés peuvent encore être déchiffrés dans leur langue originelle.
"Un pont entre le passé et le présent"
Pour Jogi Kato, la calligraphie n'est pas qu'une discipline historique ou esthétique. Elle constitue un lien vivant entre les générations, une tradition qui, bien qu’exigeante, s’adapte à chaque époque. Cette passion pour les lettres, qu’il partage avec enthousiasme, est avant tout une quête d’harmonie et d’expression personnelle.
Comme il le dit lui-même :
"Chaque caractère a sa beauté."
Et c’est dans cette recherche de la perfection, entre l’encre et le papier, que la magie opère.