Martin Muriot

Martin Muriot : Gardien du savoir-faire de la pierre sèche

"Un savoir-faire s'il n'est pas transmis, il meurt"

Martin Muriot est un artisan passionné. Tailleur de pierre de formation, il s’est spécialisé dans la construction en pierre sèche, une technique millénaire qui façonne nos paysages depuis la préhistoire. Aujourd’hui président de la Fédération Française des Professionnels de la Pierre Sèche, il œuvre pour préserver et transmettre cet héritage menacé par les évolutions industrielles.


"Une technique qui traverse les âges"

L’histoire de la pierre sèche remonte au Néolithique. Cette méthode de construction, qui consiste à assembler des pierres sans liant, a été largement utilisée au fil des siècles pour bâtir des murs, des terrasses et des ouvrages de soutènement. Cependant, avec l’essor du béton et des techniques industrielles après la révolution industrielle et les guerres mondiales, ce savoir-faire a peu à peu été délaissé.

Face à ce déclin, un mouvement de sauvegarde s’est amorcé à la fin du XXᵉ siècle. « Un certain nombre de personnes ont pris conscience qu’on était en train de perdre les derniers détenteurs de ce savoir-faire », explique Martin Muriot. C’est ainsi qu’est née la Fédération Française des Professionnels de la Pierre Sèche en 2009, avec pour mission de structurer, documenter et promouvoir cette technique ancestrale.


"Codifier et transmettre un savoir millénaire"

Préserver la pierre sèche ne se limite pas à la simple conservation du patrimoine : il s’agit aussi d’adapter cette technique aux exigences modernes. « Nous vivons dans une civilisation de la norme, du calcul et du risque », souligne Martin Muriot. Pour garantir la pérennité des ouvrages en pierre sèche, des chercheurs et ingénieurs ont étudié leurs propriétés mécaniques et ont développé des référentiels techniques.

Mais la survie de cette pratique repose avant tout sur la transmission. « Un savoir-faire s’il n’est pas transmis, il meurt », insiste l’artisan. De génération en génération, des bâtisseurs ont affiné leurs techniques, intégrant parfois des innovations. Aujourd’hui, les échanges entre artisans et scientifiques permettent d’assurer la fiabilité des constructions et de perpétuer un savoir fondé sur des principes physiques intemporels.


"Un enjeu écologique et territorial"

La pierre sèche n’est pas seulement un vestige du passé : elle répond aussi à des problématiques environnementales actuelles. Dans les zones de relief, elle joue un rôle clé dans l’aménagement des paysages agricoles. En particulier, elle permet la création de terrasses cultivables, indispensables pour les cultures de plantes à parfum dans certaines régions.

Au-delà de l’agriculture, cette technique contribue également à la gestion des eaux de ruissellement. « Avec les épisodes pluvieux de plus en plus violents liés au changement climatique, ces terrasses fractionnent le ruissellement et permettent aux sols d’absorber l’eau, réduisant ainsi les risques d’inondation en vallée », explique Martin Muriot.


Un avenir à bâtir en pierre sèche

Grâce aux efforts de passionnés comme Martin Muriot, la pierre sèche retrouve peu à peu sa place dans le paysage contemporain. Entre tradition et innovation, ce savoir-faire continue de prouver son utilité, tant pour la préservation du patrimoine que pour les défis environnementaux d’aujourd’hui. Et si l’avenir de la construction passait aussi par un retour aux savoirs ancestraux ?

DB + IA